FRÉDÉRIC LÉGLISE

"(...) Les séances se passent soit à mon atelier, soit chez le modèle. Je l'appelle ici « modèle » mais ce n'est pas véritablement un modèle puisqu'en principe je ne travaille pas avec des modèles professionnels. Ce qui m'intéresse, c'est de voir jusqu'où je peux travailler dans le face-à-face. Les séances de photos ont beaucoup évolué au cours des années. Quand j'ai commencé à travailler, j'utilisais un appareil argentique. J'achetais deux ou trois pellicules de vingt-quatre poses. Je prenais entre cinquante et cent-cinquante photos par séance - ceci jusqu'au début des années 2000. À l'époque, je travaillais avec le tirage-photo dans la main et je redessinais sur la toile, d'abord avec une peinture à l'huile assez diluée. Je faisais le dessin directement à la peinture à l'huile et ensuite je modelais la figure avec du rose. La peinture que j'utilisais était plus fluide que celle que j'utilise aujourd'hui. Il y avait une rapidité d'exécution qui n'est plus du tout celle que j'ai aujourd'hui, presque dix ou quinze ans après. Puis je suis passé au numérique et ça m'a permis de faire jusqu'à mille photos par ; ce millier d'images étant un maximum. Je travaille avec le modèle pendant trois heures, par exemple. Au début, je laissais le modèle assez libre d'évoluer comme il le voulait et puis, avec le temps, j'ai commencé à mieux savoir ce que je voulais. Surtout récemment, dans les compositions où je montre des figures allongées presque vues du dessus, que l'accrochage ramène à la verticale. Je crois que ça a commencé à un moment donné avec une peinture pour laquelle j'ai pris en photo ma femme dans la baignoire. Il y avait un escabeau à côté de la baignoire. Je suis monté sur l'escabeau et j'ai pris cette photo avec mon iPhone. Cette peinture a des faux airs de crucifixion, à ceci près qu'il s'agit d'une baignoire vue de haut. (...)"

Frédéric Léglise, extrait de "Frédéric Léglise, entretien avec Nicolas Exertier", collection L'Art en Poche, éditions Rytmance